Pour le ministre de la Jeunesse et des Sports, Ahmad Fatfat, ce qui s’est passé lundi soir « est une opération mise au point avec précision par le Hezbollah ». « Tous les mouvements étaient strictement similaires et menés dans des limites bien déterminées pour ne pas donner l’impression qu’il s’agit de la grande insurrection dont l’heure n’est pas encore venue. Le plan était donc bien étudié et la mobilisation s’est faite de façon presque militaire. Or seul le Hezbollah est capable d’entreprendre de telles actions », a souligné M. Fatfat.
« L’année dernière, lors des mouvements (de l’opposition), les habitants s’étaient mobilisés dans certaines régions sans qu’il n’y ait une décision unifiée de la part du 14 Mars. Mais l’absence d’une telle décision ne signifie pas que les habitants ne réagiraient pas face à ceux qui veulent les empêcher d’aller gagner leur vie, interdire à leurs enfants de se rendre à l’école et barrer la route des hôpitaux. Nous ne nous attendons pas à ce que les gens acceptent de se laisser faire ainsi. L’opposition a utilisé de telles méthodes l’année dernière et n’en a pas bien évalué les résultats. Si elle a l’intention de rééditer ces actes, elle risque de parvenir aux mêmes résultats », a-t-il dit.
« Les gens se mobiliseront sans que les forces du 14 Mars ne lancent des appels dans ce sens. Nous savons que chaque Libanais défendra sa maison, sa terre et son honneur. Personne n’acceptera la logique de l’élimination de l’autre », a-t-il prévenu.
« Tout le monde a le droit d’agir politiquement tant que cela reste dans les limites de la loi. Les forces du 14 Mars étudient actuellement les modalités de leur riposte politique. La concurrence naturelle en matière de manifestations est légitime », a-t-il dit. « Mais si la question dépasse le cadre politique pour atteindre le stade de l’atteinte aux biens publics et privés, la fermeture des routes et d’autres violations de la loi, le 14 Mars n’aura plus de responsabilités à ce niveau. Ce sont les autorités sécuritaires qui seront alors responsables », a-t-il estimé.
« Les gens doivent se rendre compte que l’armée n’est plus, après Nahr el-Bared, ce qu’elle était auparavant. La troupe a connu un important développement. Elle est à présent soutenue par tout le peuple libanais, ce qui renforce son moral. De plus, elle a démontré son unité. L’armée remplit sa mission conformément à une doctrine nationale claire, fondée sur l’unité nationale et la non-immixtion dans le conflit politique. Je ne doute pas que certaines parties s’emploient, par le biais des récents mouvements, à entraîner l’armée dans des affrontements pour la forcer à s’impliquer et devenir un protagoniste dans le conflit. Mais la détermination et la clarté avec lesquelles l’armée réagit à ces tentatives, loin de toute prise de position politique, sont un message clair pour tout le monde », a ajouté le ministre.
Antoine Zahra, député du Batroun (FL), a souligné pour sa part que « la majorité est rassurée quant au rôle qu’assumeraient l’armée et les FSI dans la répression d’émeutes et de fermeture des routes ». « Les forces du 14 Mars n’ont aucun rôle sur ce plan sinon d’appeler les autorités à assumer le leur », a-t-il assuré.
« Le camp de la majorité ne descendra pas dans les rues pour forcer leur réouverture, comme cela s’était passé le 23 janvier 2007. Mais si (les émeutes) durent plusieurs jours, tout sera alors possible. Toutefois, l’essentiel est que les forces de sécurité assument leur devoir », a-t-il dit.
« Si le mouvement se transforme en manifestations géantes visant à montrer une force populaire, la majorité ripostera alors de manière opportune pour exprimer les orientations de l’opinion libanaise. Tout comme le 8 Mars avait produit le 14 Mars, tout nouveau mouvement de grande ampleur produirait un autre mouvement populaire encore plus grand, et cela pour rectifier l’image auprès de toutes les parties locales, arabes et internationales », a-t-il ajouté.
De son côté, le président de la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice, Robert Ghanem, a déclaré « craindre que, quel que soit le bien-fondé des revendications, le fait de mobiliser la rue dans ce climat de tension et de crispation ne conduise naturellement à des situations que nous ne pouvons même pas imaginer ».
« Cette mobilisation pourrait s’aggraver, ce qui nous ferait entrer dans un nouveau champ de mines », a-t-il dit.
Pas question d’accepter
une « situation de putsch »
« L’utilisation par l’opposition des revendications sociales sert à dresser des obstacles devant l’action du gouvernement », a renchéri le député Élias Atallah, chef de la Gauche démocratique.
« Le but des manifestations est clair, il s’agit pour les forces locales alliées au régime syrien de répandre le chaos », a-t-il dit. Il a prévu « des mouvements plus importants pour permettre aux fidèles de la Syrie de mettre la main sur le pouvoir et de changer le système politique ».
« Les manifestations de lundi soir sont un message aux Arabes pour qu’ils arrêtent leur soutien à la majorité, en leur disant : “ Nous affamerons le pays et nous n’hésiterons pas à provoquer une guerre civile ” », a affirmé à l’AFP un autre responsable de la majorité, qui a requis l’anonymat.
Ammar Houry, député haririen de Beyrouth, a souligné que « les émeutes provoquées par l’opposition sont un message destiné à faire comprendre que cette dernière est capable de mettre l’armée et les FSI dans l’embarras ».
« Il est clair que l’opposition a cherché à nous rappeler ses capacités de sabotage à l’approche de l’anniversaire des crimes du 23 et du 25 janvier 2007 », a-t-il dit.
« Il faudra davantage de détermination de la part de l’État représenté par l’armée et les forces de sécurité, mais aussi de la part des gens. Disons-le franchement : il y a une majorité populaire claire représentée par les forces du 14 Mars. Cette majorité s’emploiera de toutes ses forces à défendre la Constitution et l’État, et à soutenir l’armée et les FSI. Nous n’accepterons pas que soit créée une situation de putsch », a-t-il ajouté.
Son collègue de Tripoli, Moustapha Allouche, a estimé qu’« il s’agit d’actes visant à tâter le pouls des forces de sécurité et observer les réactions de l’armée ». « Peut-être cherche-t-on à les épuiser en organisant des mouvements mobiles, d’une région à l’autre. Peut-être aussi qu’il s’agit de répétitions avant la grande action au cas où l’opposition la projetterait », a-t-il ajouté.
« Les forces du 8 Mars pourraient intensifier leurs mouvements dans la rue avant la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères, prévue le 27 janvier, et cela pour suggérer à tout le monde qu’elles contrôlent la rue et que le Liban est au bord du précipice », a estimé M. Allouche.
De son côté, Mohammad Amine Itani (Beyrouth) a souligné que « si une panne électrique suscite un tel déchaînement des instincts, cela signifie que les forces (de l’opposition) envisagent sérieusement de mener le pays vers l’anarchie, et cela dans une tentative de fuite en avant après leur rejet de l’initiative arabe ».
Du côté de l’opposition, le général Issam Abou Jamra (CPL) a démenti que le courant aouniste ait l’intention de mener des « répétitions » destinées à mobiliser la rue. Il a estimé que « ce qui s’est passé lundi n’est que le résultat de la privation de courant électrique durant une longue période ».
Quant au député Assem Araji (Zahlé, bloc Skaff), il a exprimé le souhait que les manifestations et mouvements de protestation restent dans les limites de la loi. « Nous espérons que les manifestations ne seront pas politisées et nous voudrions qu’aucun des protagonistes ne cherche à utiliser la rue », a-t-il dit.














